©Migrations planétaires - 2011* Voir commentaires sur cette peinture plus bas


Migrations Planétaires

L’origine

Cette peinture a pour origine une pensée de Victor Hugo.

Dans la préface accordée à Paris Guide en Mai 1867, il prévoit au XXe siècle une nation extraordinaire, grande, libre, illustre et riche, pensante, cordiale au reste de l’humanité, « qui aura la gravité douce d’une aînée… L’humanité essaimera hors de la Cité-mère devenue étroite et couvrira de ses ruches, les continents ; les solutions probables des problèmes qui mûrissent, la locomotion aérienne, pondérée et dirigée, le ciel peuplé d’air navires aideront à ces dispersions fécondes, verseront de toutes parts la vie sur ce vaste fourmillement des travailleurs ; le globe sera la maison de l’homme ».

« Cette nation aura pour capitale Paris et elle ne s’appellera point la France, elle s’appellera l’Europe.»

L’immense poète, l’homme-événement devenu homme-siècle a certes mieux prévu la locomotion aérienne et les migrations planétaires du XXe siècle que la paix qu’il souhaitait passionnément. (100 millions de morts en 3 guerres !)

«Tous ces peuples énumérés… que viennent-ils faire à Paris ? Ils viennent « être France ». Tu es si grande que voilà que tu ne vas plus être. Tu ne seras plus France, tu seras l’humanité ; tu ne seras plus nation, tu seras ubiquité. »

Philosophie d’une Peinture

Afin d‘éloigner de la toile tout aspect raciste, j’ai imaginé chaque représentant de la diversité à l’aide du masque de sa civilisation originelle; sur un fond blanc qui signifie l’espace, le cosmos ; les silhouettes sont peintes d’une seule couleur cernée de noir comme à travers la grille d’un vitrail. Pour accentuer l’aspect mobile de ces migrateurs, aucun d’entre eux ne touche le sol.

Nous sommes loin du Cubisme, vieux d’un siècle, où Picasso s’étonnait du « masque nègre » déniché par Vlaminck sur une péniche, le long de la Seine à Bougival.

On put croire alors à la fin de la Renaissance revendiquée par Picasso avec « Les Demoiselles d’Avignon » en 1907. Il s’agissait de l’abandon ponctuel de la symétrie dans le visage. Le respect sentimental porté au corps humain depuis l’âge des cavernes avait disparu ! Plus de sentiments ! Le sourire ignore la géométrie. La symétrie abandonnée donnait au visage une structure cadastrale grimaçante. Cette géométrisation forcenée était-elle gravée dans le marbre ? Non, pas davantage que les ukases de Monsieur Jdanov ne furent inscrits dans la constitution de la Russie - éternelle, selon de Gaulle.

La race humaine continuerait allègrement à donner la vie, comme d’habitude, celle d’Adam et d’Eve.

Le « cubisme péruvien », selon Apollinaire, allait devenir une grande page de l’histoire artistique. La vie continua, en se transformant au gré des Républiques.

L’artiste doit rester témoin de son temps.

Action figurative

« Migrations » est une peinture d’action figurative, couvrant la totalité de la surface de la toile, sans privilégier un centre, tout en obéissant au Nombre d’Or. L’antithèse de Pollock par conséquent.

Retour à la Troisième Dimension

La peinture du Moyen-Age était murale, plate, sans grand souci de la profondeur.

Celle de la Renaissance fut liée à l’espace qu’elle avait conquis grâce aux théories de la perspective mises au point par Piero della Francesca, Uccello, Mantegna.

Migrations Planétaires revient à ce concept de la troisième dimension..

Cette effusion gestuelle et chromatique est sans doute née dès 1936 dans la lutte anti-hitlérienne de ma jeunesse, puis de mon action dans la Résistance française (Réseau « Défense de la France », secteur du S.R. Bayard, dans le Haut Jura) : planquer des STO ou des Juifs de mon âge en 1943 et 1944 est à la source de cet élan solidaire.

Les Eléments de la Peinture

Dans la toile, nous voyons de gauche à droite une tête d’Ifé, statue de bronze du Nigeria, islamisé au XIVe siècle, portée en bandouillère par une jeune maghrébine qui brandit sa burka noire en signe de protestation.

La silhouette bleu sombre arbore le masque Tlingit de la Colombie Britannique, à l’Ouest du Canada. Le CO2 rappelle la pollution qui provoque le réchauffement climatique. Le passage par le Nord évitera le Canal de Suez. La silhouette rouge, chapeautée, est celle de l’auteur qui se cache derrière un masque d’apparat du Bamenba, au Cameroun.

La jeune fille centrale, de jaune vêtue, présente la silhouette d’une Geisha du XVIIIe siècle.

Elle agite le drapeau internet de l’Europe. Le citoyen du Far-West porte ses flèches caractéristiques et tient en main le masque du Groënland et du Grand Nord canadien, limite de son espace vital.

« 1942 »,  la fleur noire au chapeau, victime de la Shoah, descend vers l’enfer de « Nuit et Brouillard »..

A Wansee en 1942, la conférence hitlérienne a décidé en ¼ d’heure d’éliminer dans les chambres à gaz au ziklon B, tous les citoyens juifs d’Europe.

A ses côtés, un Zamble Mask est une création hybride du Bush Buck (antilope, panthère, crocodile) fréquent dans les festivités de la Cote d’Ivoire. Le Guro. Son code-barre, tamponné sur le dos, trahit son origine.

Superman, ancien FFI, agent de liaison dans la Résistance française survole la scène et observe attentivement, avec une loupe, son bon déroulement.

« Etre France »

Finalement au centre, un jeune garçon surmonte un chapiteau corinthien. Il est couronné de lauriers et de feuilles de chênes. Il représente la réussite de ces migrations à côté de son masque Thaï, le Ngoh Mask, originaire du règne d’Ayathaya au XIVe siècle. Il est le fils d’un Canadien et d’une Thaïlandaise. Il est né à Paris. Elève de l’Ecole primaire, il est féru de la période gréco-romaine, dont il est expert.

Il est venu « être France » comme le disait Hugo.

La composition est discrètement contenue dans un losange. MP est le lettrage du peintre en lettres que je suis depuis 1936, date à laquelle je commençai à apprendre ce métier, aujourd’hui disparu. Je réalisai à cette époque des banderoles et des portraits de militants politiques, pour les manifestations en faveur de l’Espagne républicaine et contre le fascisme hitlérien !

Ce n’est ni le graphisme artistique des artistes chinois ou japonais, ce n’est pas celui des graphistes occidentaux, plus proches de l’imprimerie. C’est le lettrage du peintre en lettres français du XIXe et du XXe siècles.

Une Peinture contemporaine

Migrations planétaires, MP, est une peinture contemporaine qui ne correspond pas aux critères en vigueur dans la Novlangue de la culture.

Elle a été réalisée pour le plaisir de peindre, avec la certitude d’un futur ou la grimace de l’horreur ne sera plus la seule conception de la représentation humaine

En un temps où la connaissance obéit à une vertigineuse sophistication, l’art de peindre ou de sculpter serait-il le seul à offrir une vacuité désolante ?

Les différentes étapes de cet art dit « contemporain » constitue-t-elle la seule suite historique et l’itinéraire indiscutable de la tradition artistique ?

Evidemment, il n’en est rien.

L’art dit « contemporain » que le Marché veut seul témoin de notre temps est la victime d’une dérive pernicieuse axée sur le seul profit.

Or le profit seul, tout-puissant, mène à la déculturation absolue.

Une œuvre d’art vaut-elle pour son esthétique ou par sa cote ? Pour les deux assurément. Mais si la cote n’est pas à l’heure comme pour Vermeer, Van Gogh ou Modigliani à leur trépas, cela veut-il dire que l’œuvre est sans valeur ?

De quel droit l’art d’Etat devrait-il effacer tout ce qu’il néglige en dehors de ses choix ?

Les forces fondamentales

SurTerre, tout ce qui nous entoure, d’une galaxie au sourire d’un enfant, est entièrement déterminé par les quatre forces fondamentales :

la force de gravité, la force électro-magnétique, et les deux forces nucléaires, forte et faible.

Depuis l’an 380 000 avant JC, la lumière va où elle veut et l’univers est devenu transparent.

Il n’y a aucune raison d’en douter puisque les scientifiques l’affirment.

La lumière défile musique en tête et je la suis aveuglément.

Un sourire record du monde

Le sourire dans la ville et la couleur dans le ciel vont-ils redevenir les accessoires du bonheur de vivre ? Quand ? Bientôt :

Le vendredi 18 novembre 2011, « La Vierge à l’Enfant », un ivoire sculpté du 13e siècle, probablement à Dieppe, a pulvérisé le record mondial pour une œuvre d’art médiévale, chez Christies’ à Paris : 6,3 millions d’euros !

Alors que les enchères montaient par téléphone, on lut ces mots rapportés au catalogue de l’expert, Raymond Koecklin en 1924 : « Il n’y a rien de plus aimable que cet enfant assis sur les genoux de sa mère et tendant les bras… Elle-même se penche doucement, la tête inclinée et légèrement souriante, la régularité de l’ovale du visage un peu atténué déjà, comme celle des plis du manteau qui tombe moins solennellement. »

La salle était comble. Au fond, trônait la sculpture de belle taille – 37,8 cm, en ivoire - stupéfiante de virtuosité technique, ne connaissant qu’une seule rivale, celle de la Sainte-Chapelle, à Paris.

Le marteau de François de Ricqlès, le commissaire-priseur, tomba sous les applaudissements, 730 ans après la finition de la sculpture.

Les applaudissements, pourquoi ? Pour qui ? La Cote ? Le Commissaire-priseur ? Le vendeur ? L’acheteur ? Le Sculpteur ? On ignore son nom.

Vous avez entendu le doux murmure de l’expert : « La stupéfiante virtuosité technique », « la régularité de l’ovale du visage », « la tête inclinée et légèrement souriante »…

Record du monde pour une stupéfiante virtuosité technique.

Record mondial pour la grâce d’un sourire.

Est-ce le début d’une Renaissance espérée ?